Nous sommes venus, nous avons vu, et nous avons été un peu déçu par le Delta du Mékong… Pas par le Delta en lui-même, mais plutôt par les activités proposées par l’agence de voyage (Sinh Café pour ceux qui connaissent) : visite d’une confiserie « coconuts »,  de manufactures  diverses et d’un petit élevage de crocodiles. En fait, rien de bien excitant, et surtout occasions multiples de ponctionner le portefeuilles des touristes. Cela dit, on est un peu là pour ça aussi ;)

Par contre les paysages du Delta sont splendides. La rivière des neufs dragons, comme les neufs bras du Mékong, offre un décor étrange, ou jungle et marais se mélangent. On erre  pendant des heures sur des pirogues motorisées dans un dédale d’arroyos.  On croise ci et là des petites maisons au toit de chaume, affalées sur leurs pilotis. Des enfants accourent pour nous saluer en époumonant  des « Hellos » sonores du haut de petits embarcadère sen bois vermoulu.  Autour, tout est opaque : l’eau boueuse charriant ses alluvions, les murs de végétations arrêtant net le regard, le ciel lourd et plombé de nuages. Soudain, la mousson nous rattrape et le déluge vient laver le ciel de la chaleur qui le hante. La pluie tombe et le temps semble s’écouler  au ralentit. Le bruit railleur des insectes s’efface sous l’averse. Les gouttes d’eau explosent à la surface de l’eau comme des balles, comme jadis dans cette partie du monde marquée au fer rouge de la guerre. Il suffit de fermer les yeux pour voir au loin une patrouille progressant dans le marais, fusils levés à hauteur de tête, les regards inquiets des soldats scrutant les herbes à la recherche d’un mouvement hostile. La pirogue continue son chemin et le mirage s’estompe. Après avoir serpenté quelques instants encore dans ce labyrinthe viride, un dernier méandre s’efface et l’horizon lumineux explose devant nous. Un bras du Delta s’ouvre à notre regard dans une accolade de fraicheur. Une ville au loin, disgracieuse, surgit sur la rive. Un pont strie le ciel. Des bateaux s’alignent  à nos côtés dans un ballet aux relents de fuel. De frêles embarcations, luttant contre le courant à coup de rames, nous  accostent, proposant noix de cocos et coca-cola. Le marché flottant approche. On aperçoit des barques croulants sous les mangues, les papayes, les ananas. Des étendards dressés  sur les pontons, décorés de marchandises, scandent le nom de fruits inconnus aux vogueurs. Les coques s’entrechoquent dans le caquettement humide des moteurs. Un vent doux et salé caresse nos visages ravis. Après être né sur le toit du monde, le Mékong s’en va mourir dans la Mer de Chine, emportant dans son flot l’odeur âcre de l’encens et les prières des peuples d’Asie.

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Nous reprenons notre route...


Lhô